
Malheureusement le 60e anniversaire du Championnat d’Europe des Nations ne pourra se fêter en grande pompe cette année. Pour vous faire oublier cela, les Sportifs du Dimanche vous proposent tout au long de la semaine de revenir sur la grande histoire de l’Euro, des différentes éditions aux équipes ou matchs marquants. Première partie ce lundi, de la création de l’Euro, jusqu’à l’édition 1968 incluse.
Sa naissance : Une volonté française
Si l’Euro de Football n’est né qu’en 1960, son inspiration est bien plus vieille. Elle nous vient de Henri Delaunay, ancien secrétaire général de la FFF entre 1919 et 1955, année de sa mort. Dès le début des années 30, il souhaite créer une compétition réunissent les meilleurs pays européens. Il faut dire que le football de nations est un parent pauvre à cette époque. En effet, seuls les Jeux Olympiques font office de compétition officielle. La coupe du monde en est à ses balbutiements, et va naître du fait de la dissociation entre la FIFA et le CIO. Sinon les seuls matchs existants entre sélections nationales européennes sont des matchs amicaux. Mais cette idée de compétition entre les pays européens, va vite tomber à l’eau du fait de l’absence d’organisation européenne de football pour pouvoir tenir ce genre d’évènement. Il faudra attendre l’après-guerre, pour voire l’idée d’un championnat d’Europe des Nations germer sérieusement. Plusieurs conditions vont permettre sa naissance en 1960. D’abord le succès de la Coupe du Monde de Football. En 1938 en France, en 1950 au Brésil ou en 1954 en Suisse, ces éditions du Mondial furent un vrai succès populaire et forcément cela donne des idées aux dirigeants européens pour reproduire le même type de compétition entre nations européennes cette fois.
De plus, en 1954, l’UEFA (Union des associations européennes de Football) est crée. L’Europe à donc enfin une organisation a même d’être capable de gérer un tel évènement à travers le continent. Enfin sur le strict plan sportif, les nations européennes font déjà partie des meilleurs nations du monde sur la planète football. L’Allemagne de l’Ouest est championne du Monde 1954. L’Italie championne du monde 1934 et 1938. L’Euro pourrait permettre à ces pays de démontrer leur puissance et leur supériorité au niveau continental par rapport aux autres. Le tout dans un contexte politique européen ou la Communauté Européenne voit le jour en 1957. L’Europe du football des Nations, des clubs (Naissance de la Coupe des clubs champions en 1956) et l’Europe politique, prend une nouvelle tournure à la fin des années 1950. Henri Delaunay inspirateur de l’Euro, aussi à l’UEFA en 1954-1955, ne verra cependant pas la première édition de son Euro. Pour lui rendre hommage, la France organise en 1960, la toute première édition particulière, à 4 équipes.
1960-1964-1968 : La domination des Pays hôtes sur fond politique et avec l’aide du sort.
C’est donc sous une mouture particulière que se déroulent les premières éditions du championnat d’Europe des Nations. Jusqu’en 1976 en effet, une phase préliminaire à lieu durant 1 an et demi. De 17 équipes en 1960 à 32 équipes en 1976. Ces équipes s’affrontent d’abord en aller-retour (Puis en Phase de groupes à partir de 1968), ou huit pays se dégagent alors pour les quarts de finale, qui se disputent au printemps de l’année de l’Euro, sous forme là aussi d’aller-retour. Reste alors 4 équipes. Parmi ces 4 nations, une se désigne pour organiser l’Euro sous forme de Final Four, au mois de Juin, avec Demi-finales, match pour la 3eme place et finale.
En 1960, les nations de l’Est vont essentiellement dominer la compétition. Les nations majeures comme l’Italie, l’Allemagne de l’Ouest ou l’Angleterre ne prennent même pas part à la phase éliminatoire. Peu de choses seront à retenir de celle-ci. Si ce n’est peut-être le fait que l’Espagne au stade des quarts de Finale, refuse catégoriquement de se rendre en URSS, dictature communiste, alors que l’Espagne est une dictature franquiste. C’est la Guerre Froide et ses deux dictatures aux idées politiques totalement différentes se haïssent. Sur le plan du football, ceci à pour conséquence de qualifier l’URSS. La France elle dans la lignée de sa 3eme place à la Coupe du Monde 1958 brille, emmenée par Just Fontaine et Raymond Kopa bien sûr. Elle se qualifie pour le dernier carré, qu’elle accueille. Elle a cependant fort à faire puisqu’elle est opposée à la Tchécoslovaquie future finaliste du Mondial 1962, emmenée par Josef Masopust (Ballon d’Or 1962), à l’URSS de Yev Lachine (Ballon d’Or 1963) et la Yougoslavie un peu plus méconnue footballistiquement mais néanmoins quart de finaliste des deux derniers mondiaux que la France à croisée en 1954.
Le 6 Juillet 1960, dans un Parc des Princes à moitié rempli, la France va perdre une demi-finale totalement folle, contre la Yougoslavie. Menant 3-1 puis 4-2 à 20 minutes de la fin, les bleus vont se faire remonter en 5 minutes à peine et se voir mener 5-4. Son Gardien Georges Lamia n’y est pas étranger, totalement amorphe sur le troisième but yougoslave. De plus l’absence de Raymond Kopa et Just Fontaine, artisans de la superbe Coupe du Monde 1958, se fait également ressentir dans les rangs français. Au final la Yougoslavie se qualifie donc. Dans l’autre demie-finale qui se joue le même jour au Stade Vélodrome, c’est un véritable massacre. L’URSS s’impose 3-0 face à la Tchécoslovaquie, sans qu’il n’y ait quelconque discussion possible.
Malheureusement le match pour la 3eme place et la finale, attirent bien moins de spectateurs. 9000 personnes au Vélodrome, pour voir s’éteindre une courte mais belle génération française autour du grand Stade de Reims, et dont le sélectionneur est d’ailleurs Albert Batteux. Après le podium de la Coupe du Monde, la France finit 4eme de son Euro 1960. Quant à la finale, c’est un dénouement aux prolongations dont elle va disposer. Et l’URSS sur un but de Viktor Ponedelnik peut soulever le trophée. Lev Yachine l’immense star soviétique remporte 4 ans après l’or olympique, le Championnat d’Europe 1960. Une compétition qui cherche encore ses marques mais qui à déjà vu de grands moments de football et de grandes stars.
4 ans plus tard, l’édition Espagne 1964 ne sera malheureusement pas aussi réjouissante. 29 pays participent à la phase éliminatoire dont cette fois-ci l’Angleterre (Eliminée par la France) et l’Italie (Eliminée par l’URSS). La France justement verra son parcours prendre fin en Quart face à la Hongrie, qui voit lors de cet Euro son âge d’or prendre fin. Le Luxembourg fera étonnamment une très bonne figure en ne perdant en Quart de Finale que 6-5 face au Danemark. Le dernier carré est organisé par l’Espagne, on y retrouve l’URSS, tenante du titre. Lors de ces demies-finales, l’URSS s’impose aisément, et l’Espagne en prolongation seulement face à la Hongrie.
La finale est donc une revanche du match qui n’a pas eu lieu 4 ans plus tôt. Sur un fond politique énorme bien sûr. Les deux pays n’ont pas le droit de perdre, dans un Santiago Bernabeu archicomble. C’est un match âpre, tendu qui aura lieu. La star de l’équipe espagnole, Luis Suarez ancien joueur du Barça mais évoluant à l’Inter Milan championne d’Europe au moment de la finale ne s’illustrera pas. Lev Yachine encore dans les buts soviétiques à peine plus. Finalement la différence ne se fera qu’à 5 minutes de la fin, lorsque Martinez catapulte le ballon au fond des filets. C’est du délire, l’Espagne composée en majorité de joueurs du Real Madrid, du FC Barcelone, de l’Atletico Madrid ou de l’Athletic Bilbao est championne d’Europe. Les Soviétiques ratent le doublé et l’ont un peu mauvaise. Le sélectionneur déclare d’ailleurs que les Espagnols ont « simuler des blessures pour obtenir des fautes » tandis que Ivanov estime que le deuxième but espagnol est « dû à la chance ». Quoiqu’il en soit, l’Espagne remporte le deuxième Euro, mais qui ne restera pas dans les annales. Cependant le public était au rendez-vous en témoigne cette finale

En 1968, l’Euro sera également remporté par le Pays hôte, l’Italie, sa seule victoire à ce jour d’ailleurs. Mais là aussi il faudra de nombreuses péripéties pour en arriver-là. Dans la phase qualificative, c’est désormais une première phase de groupes qui à lieu avant ensuite les quarts de finale. On note notamment une poule britannique, Angleterre-Ecosse-Pays De Galles-Irlande du Nord. La RFA participe enfin à la compétition mais échoue en poule contre la Yougoslavie, tout comme la France. Les Bleus seront saucissonnés à Belgrade, lors du quart de finale retour. Une claque 5-1. Un véritable trou noir. On retrouve donc un dernier carré composé de la Yougoslavie, de l’Angleterre, de l’URSS encore une fois et de l’Italie.
La demie-finale qui oppose l’Italie à l’URSS sera d’ailleurs célèbre, non pas pour son football puisque le score est de 0-0. Mais pour la manière de départager les deux pays. Après la prolongation, les tirs au but n’existant pas, c’est au « Pile ou Face » que les deux pays seront départagés au plus grand bonheur de l’Italie. Etonnament le match ne fût pas rejoué comme il était de coutume. On peut se demander si la proximité avec la finale prévue n’a pas joué aussi. Dans cette Italie de 1968, les stars sont bien sûr Giacinto Facchetti emblème de l’Inter Milan du Catenaccio. Mais aussi Gianni Rivera qui permettra au Milan AC de gagner la Ligue des Champions l’année suivante. L’Italie affronte en finale la Yougoslavie qui à éliminé les champions du monde en titre.
Cette finale devra être rejouée pour en déterminer le vainqueur, cas unique dans l’histoire des compétitions internationales, Euro et Coupe du Monde comprises. Le moins que l’on puisse dire c’est que cette double finale au Stadio Olimpico de Rome ne fût pas emballante. Après le 1-1 du 8 Juin, c’est par un 2-0, deux jours plus tard que l’Italie triomphera. Cette Nazionale là n’est composée que de joueurs jouant au pays, et inscrit son nom au palmarès du Championnat d’Europe. Mais elle reste certainement la moins marquante, par son style de jeu, cependant bien ancrée dans son époque, celle du Catenaccio qui prédomine en Europe avec l’Inter Milan.

Le championnat d’Europe est donc bien né, avec la domination des pays hôtes, et une grande part politique qui se joue aussi à travers le football d’alors. Cependant hormis les pays recevant, la compétition n’attire pas encore les foules, malgré les quelques stars. Il manque des matchs et des équipes marquantes. Ceci va changer dans les années 70, avec la très grande Nationalmanschaft.
A Suivre demain…..
Mardi (2/7) : L’Allemagne Toute-Puissante
Mercredi (3/7) : L’Alternance et la part belle au beau jeu
Jeudi (4/7) : Le passage à 16 nations, la notoriété grandissante de l’Euro
Vendredi (5/7) : La domination hispano-portugaise
Samedi (6/7) : Les grandes équipes et les grands joueurs de l’Euro
Dimanche (7/7) : Les grands matchs et les grands moments de l’Euro