
Malheureusement le 60e anniversaire du Championnat d’Europe des Nations ne pourra se fêter en grande pompe cette année. Pour vous faire oublier cela, les Sportifs du Dimanche vous proposent tout au long de la semaine de revenir sur la grande histoire de l’Euro, des différentes éditions aux équipes ou matchs marquants. Ce mardi on revient sur la domination de la RFA dans les années 1970
Retour sur la naissance du Championnat d’Europe des Nations : https://sportifsdudimanche.sport.blog/2020/04/13/la-grande-histoire-de-leuro-de-sa-genese-aux-premieres-editions-a-4-equipes-1-7/
L’Allemagne de l’Ouest du sceau de Beckenbauer d’abord….
En 1972 lorsque arrive la quatrième édition du Championnat d’Europe des Nations, toujours sous un format à 4 équipes, on retrouve enfin la grande Allemagne de l’Ouest, celle qui à été vice-championne du monde en 1966 et 3e du mondial mexicain de 1970. Cette grande RFA va à travers deux générations régner de manière absolue sur le football européen. Il y aura d’abord celle de Beckenbauer, de Gerd Muller, championne d’Europe 1972, championne du monde 1974, vice-championne d’Europe 1976, et qui réalisera aussi le triplé en Coupe des Clubs Champions avec le Bayern Munich. Puis la RFA de 1980, autour de Karl-Heinz Rumenigge et qui sera elle aussi titrée championne d’Europe.
Pour l’Euro 1972, la RFA va se qualifier sans sourciller, après les éliminatoires, dans un groupe qui rappellerait presque les temps de guerre : Allemagne, Pologne, Turquie, Albanie. Cette équipe-là sans être flamboyante (Elle ne le sera que très peu lors de sa domination) va être diaboliquement efficace, le prototype des sélections modernes en quelque sorte. Durant ses 6 matchs d’éliminatoires elle n’encaisse que 2 buts. Contrairement à la France qui une nouvelle fois va sombrer lors des éliminatoires en terminant derrière la Hongrie, qui n’a plus rien d’effrayante et la Bulgarie. 8 buts encaissés un comble pour le sélectionneur Georges Boulogne, lui l’apôtre du jeu fermé cadenassé et défensif. Lors des quarts de finale de la compétition toujours sous forme d’aller-retour, l’Allemagne affronte l’Angleterre pour une revanche du quart de finale de la Coupe du Monde 1970. Un match ou l’Angleterre à mené 2-0, s’est vu trop belle en faisant sortir Bobby Charlton, et a fini par passer à la trappe sans même avant même la prolongation. Mais cette RFA-ci est plus forte et elle s’impose 3-1 a Wembley, ce qui la qualifie pour la phase finale. A ses côtés la Belgique, qui bat les vices champions du monde italiens, la Hongrie qui aura besoin d’un match d’appui face à la Roumanie, et l’URSS toujours elle, qui participe donc à sa 4e phase finale consécutive. Rendez-vous est alors pris en Belgique.
Cette phase finale, va consacrer la toute-puissance de l’Allemagne de l’Ouest, mais plus encore d’un seul homme. Gerd Muller. La RFA va en effet mettre 5 buts en 2 matchs. Il en sera l’auteur de 4, un doublé en demi-finale contre la Belgique, un autre en finale contre l’URSS. Gerd Muller plus que jamais dans le pic de sa carrière aura marqué 68 buts en 62 sélection seulement. Une machine à scorer qui aide forcément les Ouest-Allemands sur la voie du triomphe. Après avoir écarté la Belgique 2-1, ils retrouvent l’URSS qui dispute là sa 3e finale en 4 participations et 4 éditions. Mais c’est une véritable passation de pouvoir qui va se produire dans cette finale à sens unique. A partir de ce 18 Juin 1972, la nation qui dominera l’Europe du Football s’appelle désormais la RFA. Il n’y a pas grand chose à dire sur cette finale dans un stade comble, fait rare encore à l’époque. Si ce n’est à apprécier l’opportunisme fabuleux de Gerd Muller dans la vidéo ci-dessous. Peut-être la plus belle des victoires allemandes, celle qui prête en tout cas le moins à discussion. Il y avait 2 classes d’écart au moins par rapport aux autres. Dans cet Euro, la Belgique finira 3e devant la Hongrie. Il s’agira de la dernière participation hongroise à un Euro avant 2016. Quant à la Belgique on la reverra bientôt dès 1980 briller dans un Championnat d’Europe.
Quatre ans plus tard la RFA a pris du galon, elle est devenue championne du monde à domicile, et vise un triplé extraordinaire et historique. Mais la concurrence aussi s’est renforcée. Ainsi tout le monde à été émerveillé par les Pays-Bas de Cruyff finaliste du mondial. Et bien sûr la Tchécoslovaquie, l’URSS, la Pologne, l’Italie sont des candidats sérieux. Durant les éliminatoires, la RFA se fait accrocher par la Grèce et la Bulgarie mais passe quand même. Mais surtout un énorme groupe de la mort fait des dégâts, avec les Pays-Bas, la Pologne, quatrième de la dernière Coupe du Monde et l’Italie. Malgré une défaite en Pologne, sévère sur le score de 4-1, et une autre en Italie, les néerlandais se qualifient. La France quant à elle se fait encore sortir dès la phase de groupes pour la deuxième fois consécutive, dans un groupe avec la Belgique, la RDA et l’Islande. Pas simple, même si on a connu pire groupe. Rageant donc, d’autant plus que les Bleus se montreront incapables de gagner en Islande. L’aventure Stefan Kovacs tourne court et Michel Hidalgo va prendre la relève avec le succès que l’on lui connaît.
En quart de finale, l’équipe qui va impressionner se nomme les Pays-Bas. Ils vont en effet écraser la Belgique 5-0 avec une performance fabuleuse de Rob Resenbrink, l’un des assistants de Cruyff, devenu ce jour-là la star. Il signe un retentissant triplé. Deux buts de la tête, et un magnifique du pied droit en éliminant deux défenseurs et enrhumant le Gardien ensuite. Les Pays-Bas seront à l’Euro.
En URSS la Tchécoslovaquie va décrocher un match nul. Pour la première fois depuis la création de la compétition, l’URSS ne participera pas à la phase finale. Coté Tchécoslovaque, on retrouve Panenka qui fera parler de lui, et Moder qui marque 3 des 4 buts de la confrontation. Ses 3 seuls d’ailleurs. La Yougoslavie en sortant le Pays de Galles, et l’Allemagne de l’Ouest en éliminant l’Espagne seront du dernier carré aussi. Ce dernier carré se déroulera en Yougoslavie justement.
La phase finale de cet Euro 1976 sera la plus belle des 5 éditions qui se seront jouées avec 4 pays seulement. Le plateau est beau avec les deux finalistes de la dernière Coupe du monde, et deux références solides que sont la Yougoslavie et la Tchécoslovaquie. Les stades ne sont pas encore pleins, mais on peut le dire cette édition va marquer le véritable acte de naissance de la compétition. La demi-finale Tchécoslovaquie-Pays Bas est très équilibrée et malgré la présence de Neeskens, Cruyff, Johny Rep, Willy Van de Kerkhof ou Rob Resenbrink, les tchécoslovaques résistent. 1-1 à la fin du temps réglementaire, tout se joue lors de la prolongation, ou les attaquants du Dukla Prague et du Slavia Prague, Nehoda et Vesely font la différence. Première surprise. De l’autre côté du tableau, la demie-finale RFA-Yougoslavie sera riche en buts, et en émotions aussi. Très vite les yougoslaves mènent 2-0, mais en deuxième période la RFA revient avec une égalisation de Muller. Pas Gerd, mais Dieter, celui qui sera l’attaquant Bordelais lors de l’aventure de 1985 en Coupe des Clubs champions. Sur sa lancée, il va rajouter deux autres buts à la 115e et 119e minute. La RFA est finaliste !

Si les Pays-Bas assurent la 3e place, la finale entre Allemagne et Tchécoslovaquie, sera belle et chargée d’enjeu. La Tchécoslovaquie vise un premier titre international. La RFA vise le triplé Euro 1972-Coupe Du Monde 1974-Euro 1976. Sur le terrain cette Allemagne là se présente avec un beau mix de jeunes et d’anciens. Ainsi Beckenbauer, Maier, ou Uli Hoeness sont toujours là. Mais Berti Vogts en défense, Dieter Muller donc ou Manfred Kaltz sur le banc, font leur apparition dans le groupe. Cette RFA-là est favorite, dans une finale qui se joue dans le stade de l’Etoile Rouge de Belgrade. Pourtant comme en Demie-Finale, l’Allemagne de l’Ouest est menée 2-0 au bout de 25 minutes à peine. Alors est-ce qu’une surprise immense est à prévoir ? Très vite Dieter Muller calme les ardeurs et inscrit son 4e but en 2 matchs. Un Muller en a remplacé un autre. 2-1. Puis plus rien ne se passe jusqu’à l’ultime minute, ou sur un corner Holtzenbein vient égaliser. 2-2, c’est la prolongation. Cette Allemagne décidément n’est jamais vaincue avant le coup de sifflet final. Elle est insubmersible. Finalement tout se joue aux Tirs aux buts, pour la première fois de l’histoire de l’Euro et d’une compétition internationale. Tout le monde réussi jusqu’au 4e tir allemand. C’est Hoeness immense monstre du Bayern Munich qui rate. La suite vous la connaissez sûrement. Antonin Panenka laisse son nom à la postérité tchécoslovaque mais aussi du football en effectuant ce qui est devenu une Panenka. La Tchécoslovaquie à vaincu la grande RFA, elle est championne d’Europe. Cet Euro là a 4 équipes restera comme une orgie de jeu et d’émotions, marquées par de nombreux renversements de situation. 19 buts en 4 matchs, ceci convainc définitivement l’UEFA d’agrandir sa compétition. L’Euro se jouera désormais à partir de 1980 a 8 équipes.
….L’Allemagne de Rumenigge ensuite
Contrairement à sa devancière, l’édition 1980, ne sera pas la prime au beau jeu loin de là. Pourtant on y retrouve toutes les grandes nations ou presque, celles qui du moins ont brillé lors de la Coupe du monde en Argentine. La RFA, l’Italie (Pays hôte), la Tchécoslovaquie, l’Angleterre, l’Espagne, les Pays-Bas, la Belgique. Seul manque à l’appel une fois encore la France. Les Bleus sont devancés de peu dans un groupe relevé avec le tenant du titre et la Suède. C’est ce fameux match nul à domicile contre la Suède en début de campagne qui va plomber les bleus. Un échec relatif pour les hommes d’Hidalgo ne confirmant pas leurs promesses du Mundial argentin. On notera également l’échec en éliminatoires de la Pologne et de la RDA toutes deux devancées par les Pays-Bas, mais aussi de la Yougoslavie devancée par l’Espagne.
Pour cette phase finale on retrouve deux groupes, ou seul le premier est qualifié pour disputer la finale contre le vainqueur du groupe opposé. Le second du groupe dispute le match pour la 3eme place. Dans le groupe A, c’est sans conteste le plus relevé. Pauvre Grèce, qui ne fera cependant pas mauvaise figure, mais qui tombe avec le champion d’Europe, le vice champion du monde (les Pays-Bas), et la RFA. Les scores seront serrés, Rumenigge fera la différence contre la Tchécoslovaquie pour une victoire 1-0. Contre les Pays-Bas, c’est un triplé de Klaus Allofs, qui permet à l’Allemagne de l’Ouest de s’imposer, même si elle va se faire peur en concédant deux buts néerlandais sur la fin. Allofs joue alors au Fortuna Dusseldorf, et n’est qu’au début de sa carrière. Mais assurément ce match-là va faire partie de ceux lui permettant de connaître une plus brillante carrière à Cologne puis en France. Ainsi d’ores et déjà qualifiée avec 4 points avant même de disputer le dernier match contre la Grèce, les Allemands peuvent faire tourner, d’autant plus que néerlandais et Tchécoslovaques se neutralisent. L’Allemagne réalise un score de 0-0 contre la Grèce mais se qualifie pour la finale. L’autre groupe est plus latin, entre Belges, Anglais, Italiens et Espagnols. L’Italie chez elle sera la grande déception du tournoi. Si elle ne prend pas de but, elle n’en marquera qu’un seul contre l’Angleterre signé Marco Tardelli, futur buteur en finale du Mondial 82. Finalement la différence se fera aux buts marqués. La Belgique plus entreprenante, marque elle 3 buts, dont 1 signé Eric Gerets. En résistant pour une sorte de demie-finale à l’Italie à Rome, les Belges font preuve de leur grand talent et de leur grand sang-froid. Une belle génération éclot ce qui se vérifiera d’ailleurs lors de la Coupe du Monde 1986. La Belgique affrontera donc l’Allemagne de l’Ouest en finale.

Pendant que la Tchécoslovaquie se défait dans une séance interminable de l’Italie pour terminer troisième de la compétition, la RFA et la Belgique entre sur la pelouse du Stade Olympique de Rome pour se disputer le titre. 8 ans plus tôt, il s’agissait alors d’une demi-finale remportés par les Teutons. D’un côté l’Allemagne qui présente déjà l’ossature de l’équipe qui sera finaliste de la Coupe du Monde deux ans plus tard. Kaltz, Forster, Stielike, Schuster, Briegel, Rumenigge, Hrubesch. Ils sont encore jeunes, mais ils brillent déjà en Bundesliga, qui est alors véritablement le 2e meilleur championnat du monde derrière le championnat anglais, en témoigne les résultats en Coupe d’Europe. Côté Belge, on retrouve le légendaire gardien Jean Marie Pfaff, Eric Gerets, et une ossature autour du FC Bruges finaliste de la C3 en 1976 et de la C1 en 1978. Cette finale sans être exceptionnelle aura au moins le mérite de garder le suspense jusqu’au bout. Les belges vont secouer les allemands, mais sans vraiment donner l’impression de pouvoir renverser le cours du match. Ainsi Hrubesch ouvre le score à la 10e minute, la Belgique égalise sur penalty à un quart d’heure de la fin. Mais comme de tradition, comme on l’a vu en 1976 ou 1972, les dernières minutes sont celles du money-time allemand. 88e minute Horst Hrubesch, joueur de Hambourg (Vainqueur de la Coupe des Clubs Champions en 1983), vient claquer son doublé. L’Allemagne de l’Ouest remporte alors son second titre européen.
Exceptionnelle RFA durant les années 70. Un Rouleau-Compresseur en 1972, un finaliste renversant et accrocheur en 1976, un vainqueur efficace à défaut d’être beau en 1980. Cette équipe sait comment gagner et l’a démontré au cours de ses années. Auquel on peut y ajouter la Coupe du Monde 1974 et les sacres du Bayern Munich en C1. Composée de joueurs aux CV et aux talents immenses, cette équipe se place en tête du palmarès de l’Euro. Le Championnat d’Europe des Nations, s’ouvre lui a de plus en plus d’équipes, auquel on voit de plus en plus de beaux matchs comme le démontre l’édition 1976, mais qui n’arrive pas encore à attirer les foules en dehors de l’équipe locale. Malgré tout, elle est devenue une épreuve presque incontournable, et dont sa popularité va fortement croître avec les sacres de la France, des Pays-Bas et du Danemark, 3 des plus beaux champions au palmarès de l’Euro….
A SUIVRE DEMAIN
Mercredi (3/7) : L’Alternance et la part belle au beau jeu
Jeudi (4/7) : Le passage à 16 nations, la notoriété grandissante de l’Euro
Vendredi (5/7) : La domination hispano-portugaise
Samedi (6/7) : Les grandes équipes et les grands joueurs de l’Euro
Dimanche (7/7) : Les grands matchs et les grands moments de l’Euro
Un avis sur « La grande histoire de l’Euro : 1972-1980, la RFA toute puissante (2/7) »